Autour des oeuvres de Nicole Daiwaille

Atelier Arts Plastiques au Créahm Région Wallonne a.s.b.l. Photo ©Evangélia Konstantinidis

L’ « agenda du bonheur », Nicole Daiwaille ne s’en sépare pas. Avec un titre empreint de légèreté et de béatitude, cet outil de travail fétiche qu’elle emporte immanquablement dans son sac à dos fait office de boussole pour cet usager de l’atelier. En artiste accomplie dotée d’une concentration certaine, Nicole Daiwaille se plait à planifier scrupuleusement ses activités. Véritable outil de repères dans le temps, son journal de bord fait partie intégrante de son identité créative.

Souvent adepte des grands formats, elle réalise volontiers des peintures sur papier kraft atteignant des dizaines de centimètres. Mais il ne s’est pas toujours agit de peintures. Depuis plusieurs dizaines d’années déjà, elle manie habillement stylos, feutres, pastels et pinceaux. Ses premières créations, prémisses réduites et simplifiées de son travail actuel, révèlent un attrait incontestable pour la forme géométrique, quelle qu’elle soit, bien que les figures anguleuses, plutôt prédominantes, dévoilent une tendance privilégiée dans ses choix de représentations graphiques.

Visiblement attachée à chacune de ses œuvres, elle traduit cette passion artistique, tantôt par ses thèmes de prédilections des débuts, tantôt par une marque indélébile constante qu’elle impose à chaque fin de réalisations : l’inscription de son nom.

« Richard », « chagrin d’amour et quatre présentateurs », « Anne Marie Martine Nicole et marraine de Martine » « cheveux chapeau tête regarde toute casque » « 3 femmes robe et homme pantalon jeune femme jupe » « portrait de papa »,… ces quelques inscriptions revenaient inlassablement sur les premiers dessins et autres croquis de Nicole. Parfois dépourvues de couleurs, qu’elle idolâtre pourtant tellement aujourd’hui, ces réalisations du passé effleurent à peine les édifices graphiques complexes qu’elle a désormais pour habitude d’ériger.

Les thématiques qu’elle exploite résultent toujours des influences de son quotidien ou plutôt des ressources que peut lui offrir son environnement journalier. Entre les portraits de papa et autres représentations de personnes de son entourage s’intercalaient souvent des représentations de bandes-dessinées, de signes du zodiaque ou encore de célébrités fortement médiatisées qu’elle consignait parfois dans un petit carnet.

L’écriture, témoignage formel de son attachement aux descriptions d’éléments visuels, semble avoir pratiquement déserté ses supports créatifs. De fait, pas tout à fait absents, les chiffres et les lettres endossent les rôles respectifs de signature et d’indication temporelle, comme si elle souhaitait conférer à son travail un caractère d’immortalité. D’ailleurs, à certains égards, ses œuvres touchent de près au religieux sans jamais en traiter concrètement.

Telles des icônes nouvelles, des icônes désacralisées, les œuvres de Nicole Daiwaille témoignent d’une relecture personnelle entre coupures de magazines et chefs-d’œuvre artistiques. Ces derniers sont des peintures notables et célèbres, tous styles confondus. Ce qui les relie entre elles c’est cette inspiration d’un fragment spécifique de l’histoire de l’art, de celui des manuscrits moyenâgeux enluminés. À l’image du travail d’habillage des textes effectué dans ces ouvrages vieux de plusieurs siècles, elle confère une aura lumineuse à ses peintures. Petites cases ornementales, mini symboles, les enluminures revisitées de Nicolle Daiwaille servent d’ordinaire d’encadrements joliment décoratifs pour ses personnages.

Dessinant d’abord ce qu’elle va peindre, elle met un point d’honneur à n’omettre aucun détail formel qui figure sur les modèles dont elle s’inspire. Car oui, Nicole Daiwaille se méfie du hasard et préfère, sans aucun doute, le confort du travail réfléchi et structuré. 1,2,3,4,…26 c’est pas mal et avec celle-là ça fait 27 plus les petites, se satisfait-elle de répéter lorsqu’elle s’empresse d’inventorier attentivement ses peintures. Le nombre, quel qu’il soit, est important à ses yeux afin de pouvoir passer à autre chose. S’en suit une période de gestation intellectuelle où mots codés et autres exercices réflexifs d’écriture échafaudent sa méthode scrupuleuse de travail. Elle feuillette, sélectionne et enfin trie ses ressources documentaires. Ces dernières sont un appui incontournable et une véritable source de créativité car c’est ainsi que Nicole Daiwaille conçoit toujours le travail artistique. Tels des puzzles composés de quelques, voire d’un bon nombre de pièces, la structure de ses dessins est quasi mathématique et semble suivre une logique géométriquement étudiée. Car en effet, feutre en main avant de se saisir de son pinceau, elle croque minutieusement les éléments constituant sa peinture finale.

L’anatomie humaine, privilégiée dans ses thématiques, n’a pourtant pas toujours ressemblé à celle que l’on peut discerner dans son travail actuel. Ses silhouettes humaines prennent, de manière systématique, des allures de personnages joyeux et vivement colorés. Les corps, d’abord soigneusement dessinés, ont tendance à éviter de s’encombrer de certains détails mais jamais lorsqu’il s’agit des extrémités du corps. Les pieds mais aussi les mains qu’elle ajoute ou supprime parfois comme si elle semblait envahie par un besoin compulsif de représenter intégralement ce qu’elle voit, ce qu’elle perçoit. Bouches souriantes ou bien marquées, nez aux traits fins et courbés, yeux abondamment colorés, les visages de ses personnages ne semblent plus avoir de familiarités avec les anciens. Comparables à de véritables portraits photographiques, les personnages, même s’il n’en est parfois rien sur les modèles dont elle s’inspire, nous fixent et leurs expressions faciales se figent.

Abandonnant progressivement l’insertion de l’enluminure, ses mains paraissent avoir le pouvoir mystérieux de se saisir d’un outil hybride où appareil photographique et pinceau se relaient constamment.

Autour des oeuvres de Patrick Hanocq

Atelier Arts Plastiques au Créahm Région Wallonne a.s.b.l. Photos ©Évangélia Konstantinidis

Fantasmatique, onirique ou encore idéaliste, l’univers quotidien de Patrick Hanocq est sa muse artistique. Chaque peinture ou dessin au feutre est composé de formes souvent anguleuses où, de la plus petite à la plus imposante, se dissimule une version codée de ses plannings pré établis, réels ou fictifs.

Happé par les méandres de ses réflexions permanentes, Patrick est fréquemment emporté dans des monologues souvent très prolixes. Ses expériences de vie, il tient à les partager. D’apparences intempestives, ses bavardages rituels nourrissent ses idées qui se greffent naturellement sur la toile. Eberly, l’atelier théâtre, l’atelier peinture, l’impro,… sans oublier l’élément crucial qui orchestre parfaitement ces programmes aux airs pré formatés : les heures, les jours, les semaines, les mois,… Bref, le temps qui s’écoule et laisse des traces. Ces dernières, il ne tient pourtant pas à les consigner dans son travail sous forme de datation des œuvres ou encore en les marquant de son caractère graphique.

Guidé par sa soif de production picturale, Patrick fait de l’atelier arts plastiques son école au sein de laquelle il poursuit un projet d’art, un projet de vie.

Revisité par l’artiste, le concept de poupées russes et de leurs parfaits emboitements prend une dimension artistique abstraite dépouillée de toute connotation à caractère anthropomorphique. Il ne s’agit pas pour l’artiste de voyager dans le temps à l’instar de ces matriochkas, symboles de générations en réseaux. Sa méthode créative, pour le moins originale, s’appuie sur la notion d’espace. Le spectateur regarde, observe et, inévitablement, tente de décrypter ce qui lui fait face. Un vaste plan géométrique est soumis à son regard interrogateur. Il scrute le moindre carré, triangle et rectangle de la composition qu’il contemple. Là où certains voient en ses peintures des plans urbains, des chemins de fer ou encore des systèmes électriques, l’artiste affirme brièvement qu’il s’agit simplement de l’image qu’il est en train de créer de ses propres mains, et rien de plus ou s’amuse parfois à confirmer les spéculations de son interlocuteur.

À bien des égards, sa technique de production entretient elle aussi un caractère aléatoire et spontané. Ambidextre, assis ou debout, parfois faisant face à sa toile, parfois la lorgnant du coin de l’œil, tenant le pinceau du bout des doigts à son extrémité, ou encore le serrant à sa base au plus près de ce qu’il peint, Patrick Hanocq tisse de véritables fourmilières sur base d’un canevas sensiblement identique d’une œuvre à l’autre. De manière hasardeuse, il pointe le bout de son pinceau sur une parcelle du support. Tel un squelette de dimension carrée, la feuille de papier est d’emblée balayée d’un ton sombre et monochrome donnant à l’ouvrage un vague aspect de puzzle énigmatique. Les quelques espaces vides de couleurs et parfaitement délimités ne demeurent pas longtemps épurés. De manière épisodique, les formes de diverses tailles s’imbriquent au fur et à mesure les unes aux autres. Privilégiant généralement les contrastes dans ses choix de coloris, il abandonne pourtant l’utilisation non systématique mais appréciée des argentés, dorures et autres couleurs pailletées et irisées des débuts.

Délaissant progressivement la multiplication excessive des formes en tous genres dans ses ouvrages, les peintures de l’artiste acquièrent une certaine simplification au niveau de la composition. Pourtant, la lecture qu’en fait chaque spectateur conserve une part de mystère indécelable.

Autour des oeuvres de Alain Meert

Atelier Arts Plastiques Créahm Région Wallonne a.s.b.l. Photo ©Evangélia Konstantinidis

Mercredi, on va faire de l’impro, m’en fous ! rétorque-t-il à Alain Winand, bien décidé à s’y employer. Improviser, déjouer les règles de l’art et surtout de la conduite, Alain Meert  utilise l’humour et la désinvolture à sa guise. Tenace, comme le précise Patrick Marczewski, cet artiste de l’atelier arts plastiques donne du fil à retordre à ceux qui l’entourent. Insatiable, il multiplie ses œuvres au gré des fantaisies créatives qui l’animent selon le moment. Jonglant souvent entre plusieurs réalisations, il s’emploie à gérer beaucoup de choses à la fois, stimulant ainsi son imaginaire. Abondance de création et abondance créative, Alain Meert expérimente aussi les supports et les modes de représentation. Il s’ouvre aux possibilités et improvise quand l’envie sonne à sa porte.

« Défense de lancer une canette de coca sur un train ou un bus ! » Mis en Garde par un membre de sa famille, Alain Meert se promet de rester vigilant et respectueux des lois et son travail s’en fait ressentir. Imprégné par cette interdiction, les moyens de locomotion deviennent un motif récurrent. Ainsi, le voyage, à présent bien ancré dans ses thématiques, est représenté sous diverses formes. Avant qu’il disparaisse d’entre les murs du Créahm par le plus grand des mystères, il affectionnait particulièrement un projet : celui d’un grand bateau en carton. D’abord seul à bord, il a réussi à embarquer l’équipe qui, finalement conquise, a développé l’idée pour réaliser une vidéo festive afin d’adresser ses vœux pour l’an neuf en 2011.

Il y a la mer, mais aussi le ciel. Place donc aux avions. Et pour cause, de tailles et de formes différentes,  ses engins volant envahissent le plafond, surplombant ainsi une surface considérable de l’atelier. Bleu, vert, orange, rose et parfois non colorés, avec ou sans personnages, pour les fabriquer, il ne lésine pas sur le matériel : tubes, embouts, ou morceaux divers et variés de plastiques sans oublier, çà et là, les petits bouchons de liège qui forment les pièces de ces appareils.

Voguant d’un média à un autre, d’une technique à une autre, Alain Meert s’amuse avec les possibilités artistiques qui s’offrent à lui. Bien qu’il cultive toujours une thématique fortement présente depuis ses débuts à l’atelier, celle du monde musical des people, il s’éloigne de ses premiers émois où les thèmes de la Belgique et du football inondaient ses entreprises artistiques. Il décide de mettre le cap sur de nouveaux horizons. Mu par sa curiosité naturelle, il introduit régulièrement du neuf dans ses œuvres. Voyant ses camarades utiliser le textile dans leurs créations, en 2013 il se décide et en fait de même. Subversif et authentique, il n’hésite pas à détourner le rôle premier de ses créations pour en proposer l’usage à l’atelier théâtre, sait-on jamais.

Conservant toutefois sa singularité, il adopte ses propres thématiques et a même récemment mis sur pied une nouvelle technique alliant l’utilisation du fusain et des marqueurs sur carton pour finaliser le travail avec de l’acrylique.

Ressemblant souvent à un véritable carnaval de couleurs, bon nombre de ses créations témoignent d’une joie de vivre certaine. Muni de son pinceau, même lorsqu’il produit à répétition un motif qu’il aime tout particulièrement, le squelette humain, il n’hésite pas à les illuminer de jaune.

La solitude, il ne la conçoit pas. La simple idée que quelqu’un se trouve près de lui devient, de manière presque systématique, un prétexte pour communiquer. D’ailleurs, il affiche en permanence ce besoin de contact et de proximité. Son travail s’en ressent indéniablement. Sa visite au Japon lui permit de faire une rencontre, « une chérie », qui a indubitablement marqué son univers artistique. Enlacés affectueusement, il se représente avec sa chérie, son amour. Une fois, deux fois, trois fois, des dizaines, ses reproductions n’ont pourtant pas constamment le même aspect. Les visages, ou plutôt les expressions, il les modèle, il les façonne. Colère, peur, joie et parfois même impassibles, ces mimiques faciales figées traduisent probablement son ressenti.

Au gré de ses humeurs, il semble apporter quelque chose de neuf, quelque chose de différent, quelque chose de personnel. Tel un besoin presque compulsif de combler le vide, un manque, Alain Meert rend aussi souvent hommage aux personnes importantes de son existence, tentant d’immortaliser leur présence au travers de ses feutres, pastels et autres pinceaux.

Son espace de travail aussi est sacré. Il le chérit, le cultive sans cesse. Depuis toujours, tel un rituel incontournable nourrissant sans cesse son inspiration, il se plaît à mettre sur pied une vitrine éphémère et constamment renouvelée de ses œuvres autour de son espace de travail. S’agissant tantôt d’instruments de musique, d’animaux ou encore de portraits étalés à la vue de tous, ils forment une mosaïque linéaire et structurée composées de formes, de thèmes et de couleurs en tous genres.

En constante demande de reconnaissance, il ne fait jamais l’impasse sur l’éternelle question qui le taraude continuellement à propos de son art : C’est beau ça ?

Autour des oeuvres de Michel Petiniot

Atelier Arts Plastiques au Créahm Région Wallonne a.s.b.l. Photos ©Évangélia Konstantinidis

C’était en 2005. Le ciel était sombre, brumeux, chargé de nuages tourbillonnants, comme si une pluie noire s’abattait sur la ville. Les toits des édifices longeant le cours d’eau étaient emportés par le courant d’une violente tempête qui se levait. Tournant les talons à ce chaos céleste, de petits bonshommes dans leur canoés ramaient sur les vagues qui déferlaient aux abords des bâtiments. Semblant se confondre au mouvement aquatique, ces silhouettes raides et à la fois sereines offraient un singulier contraste à la dynamique particulière de cette atmosphère. Modestement titrée La Meuse à Liège, cette œuvre de Michel Petiniot représentant le célèbre fleuve qui traverse la cité ardente, incarne le fil d’Ariane de sa production prolifique.

Sous forme d’assemblages à priori hétéroclites, les dessins de cet artiste combinent des  éléments donnant  à voir des patchworks émotionnels homogènes. Gagnant en subtilité avec le temps, l’artiste ajoute une touche d’éclat, un ou quelques éléments, rendant un aspect contrasté à chacune de ses réalisations. De façon quasi systématique, les végétaux prennent une allure de nature exotique, les écritures égaient la noirceur du dessin et, en particulier, les cocons familiaux laissent pénétrer la lueur d’un soleil pourtant absent. Caractéristiques, ces contenus  graphiques vêtissent une apparence stéréotypée désormais ancrée comme tradition stylistique pour cet usager.

Les versus, oppositions et autres paradoxes complémentaires sont donc bien connus de Michel Petiniot. Il semble même mettre un point d’honneur à perpétrer cette coutume. Il suffit de l’observer lorsqu’il plonge  littéralement sur sa feuille de papier. Pointilleux et volontaire, son outil de travail le plus précieux se trouve souvent dans sa poche, au plus près de lui. Il en prend d’ailleurs grand soin et tente de  réparer ses feutres si leur pointe n’est plus viable.  Car en effet, quelqu’un pourrait avoir l’idée saugrenue d’en subtiliser un.

La beauté et l’attention aux détails, deux critères décisifs, constituent à eux seuls l’étape de sélection pré-créative de l’artiste. L’investigation est souvent de courte durée car Michel anticipe et orchestre les sources à mobiliser. La mime gestuelle fait partie intégrante de cette phase préparatoire.

Occasionnellement intégrée dans ses œuvres, l’écriture, se métamorphose et, débarrassée de son signifiant, elle se distingue du dessin mais devient une forme d’un autre genre. Lettres minuscules et majuscules s’inversent et se confondent, produisant un véritable amalgame sémantique.  Sa signature, toujours claire et nominative, connaît un sort différent. Elle est concise, la plupart du temps discrète, faisant office d’étiquetage identitaire et d’appartenance.

Mais avant toute chose, mimer gestuellement sa prochaine production le conforte dans la probabilité de son entreprise. Aussi, il est préférable de sélectionner des photos ou des œuvres devant être à la fois belles et bien détaillées, des critères incontournables. Le Connaissance des arts  évoque la référence, le magazine-pilier de son inspiration. Jamais calquées à l’identique, ses sources documentaires constituent des fragments de la création finie offrant de surcroît une réinterprétation de la perspective redéfinissant les lignes droites en courbes, les obliques en verticales et inversement.

On aperçoit dans les sujets élus par Michel Petiniot, invariablement à l’affût de familiarité, un traitement des couleurs exacerbé. Dans les premières années, le choix de ses dernières, couplé à celui de la thématique représentée, est teinté d’une symbolique manichéiste patente, comme si les coloris entretenaient une relation perpétuellement conflictuelle. Explosion de couleurs, gaieté hyperbolique, un seul papillon suffit à réaliser une peinture. Au feutre noir, il en est autrement. Véritable schisme conceptuel où, la nature, la belle sereine, et la culture, l’inquiétante menace,  se contredisent constamment soumettant au regard du spectateur, une vision angoissante du monde. La seule présence de l’homme et des productions à son origine se figent, se parent d’une gravité presque tragique et semblent nous transmettre un message, un questionnement sociétal.

Actuellement, et ce depuis quelques années à peine, Michel Petiniot réconcilie le noir et blanc, produisant une nuance de gris fidèle à la réalité, à une objectivité, brouillant ainsi les concepts et catégories reçus. La nature est capable de devenir sombre et l’homme d’être rassurant dans un monde à la fois craintif et chaotique opérant ainsi un mariage fusionnel dévoilant de cette manière une dialectique neuve.   Le batik : un ouvrage, une technique. Cette dernière, tradition ancrée dans l’histoire de l’art décoratif mais pas uniquement, parait contribuer grandement à cette union. Tel un livre de chevet, cet usager de l’atelier arts plastiques le conserve précieusement sur l’étagère contenant ses propres réalisations. Peu importe le tissu, c’est le médium qui prime et les traits, juste des traits, simplement pour ce qu’ils sont. Cette neutralité, cette absence de positionnement quant au sentiment face au monde qui l’entoure éradique la jadis connotation dichotomique conférée au noir et aux couleurs.

Bien qu’utilisé à l’occasion et par période, jugé intéressant mais inconvenant par l’artiste car salissant, le support textile est  la clé de voûte de son évolution artistique.

Avec cet artiste désormais volontairement cantonné à la création plastique, l’expressionnisme pictural allemand semble naturellement renaitre de ses cendres. Tels des retentissements du Cri d’Edvard Munch, les créations de Michel Petiniot semblent faire un parfait écho à l’atmosphère émanant de cet illustre classique d’avant-garde. Là où un Philippe Geluck parodie cette fameuse peinture en donnant le ton avec humour, substituant le cri par l’éclat de rire, un Michel Petiniot recycle, actualise et même ravive les effets de ce courant moderne. Retrouvant un nouveau souffle par le biais des distorsions graphiques de cet artiste, la relation d’hostilité entre la nature et la culture, apanage de l’expressionnisme, est ainsi remise au goût du jour.