« nostos lectures », le blog gravitant autour de l’objet livre.

« nostos lectures », le blog gravitant autour de l’objet livre.

Elle était alors une petite fille qui, lorsqu’elle ne s’amusait pas dans la cour de récréation avec ses camarades d’école, s’entourait d’amis auxquels elle fit une promesse, celle de ne jamais les quitter. Les livres, ses nouveaux compagnons, revêtaient déjà un caractère sacré, lumineux et indispensable à son univers. Elle se souviendrait toujours de cette journée singulière, lointaine et vague, celle lorsqu’on lui confia ces Lettres de mon moulin, ce précieux recueil de nouvelles sous forme épistolaire, un genre qu’elle découvrit alors avec un intérêt certain. Ces réminiscences la submergeaient. Ses sens étaient en ébullition ; l’odorat, lorsqu’elle tournait les pages avec frénésie et qu’un parfum enveloppant s’en échappait ; le toucher, à mesure que ses mains parcouraient la couverture écornée, cet inéluctable témoignage du voyage que le livre avait parcouru alors même qu’on acheva de l’imprimer ; et la vue, absorbant les pigments colorés et les cicatrices du papier, consolidant davantage l’attachement qu’elle leur portait.

Elle observait avec application le paysage rural figé dont les ailes de la maisonnette haut perchée possédaient cette formidable capacité de tourbillonner par la seule force du vent. Elle se surprit alors à penser que les livres étaient dotés d’un pouvoir similaire ensorcelant son esprit.

S’attarder sur le titre était, pour la petite fille, crucial et devint, depuis, un réflexe déterminant. Elle s’apaisait dès lors qu’elle espérait découvrir un monde secret, un monde de confidence, celui qu’elle déliait et abritait aussi dans les correspondances qu’elle entretenait avec ceux qui comptaient pour elle, à l’image d’Alphonse Daudet, ce monsieur qui partagea ces courriers imprimés et reliés dans ce formidable objet qui rejoignit naturellement sa bibliothèque et ne la déserta plus.

À l’aube de l’âge adulte, les interrogations peuplant sa tendre enfance se firent davantage critiques. Les études supérieures qu’elle entreprit lui permirent une exploration plus minutieuse et technique menant un chemin vers de plus vastes réflexions. Parmi ces trouvailles, c’est l’ISBN (International Standard Book Number ou Numéro International Normalisé du Livre) qui eut le mérite d’attirer particulièrement son attention. Curieux sigle, ces quatre lettres formaient un code qu’elle répertoriait de manière systématique sur chaque ouvrage qui tombait entre ses mains. Pétrie par ce nouveau savoir, les pensées emberlificotées, elle songea au livre cher à son enfance, celui qui trônait en évidence sur ses étagères depuis près de deux décennies. Elle se rappela que son attachement tenait sans doute de l’absence de cette longue série de chiffres, lui conférant une valeur symbolique, supérieure à tout autre livre, celle émotionnelle qu’elle croisa invariablement à chaque page qui la faisait frisonner d’émotions, à chaque histoire qui l’emportait dans un nouveau monde, à chaque savoir qu’elle apprivoisait et, depuis qu’elle comprit cela, elle accueillait chaque livre comme lorsqu’elle s’émerveilla devant Les lettres de mon moulin.

Cette petite fille qui aura toujours des étoiles pleins les yeux face aux livres, c’est moi.

J’ai décidé de construire ce blog consignant mes lectures coup de cœur et des réflexions autour de l’objet livre pour la même raison que je suis freelance depuis maintenant 5 ans, par amour des mots, par amour des écrits, par amour de ce qui se produit lorsque l’on effleure le papier et que la magie opère.

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